La face cachée du cannabis
Encore consommé avec légèreté, il est loin d'être anodin. Ses effets sur le fonctionnement physique et psychique peuvent même être dévastateurs.
Mais que savez-vous au juste de cette drogue pas si douce?
Inoffensif, le cannabis? C'est ce que croient les cinq millions d'amateurs en France... Mais depuis une dizaine d'années, le Pr Jean Costentin, directeur de l'unité de recherche en neuropsychopharmacologie du CNRS à Rouen, en étudie et en dénonce les effets physique et pqsychiques. Il revient avec nous sur les toutes dernières découvertes scienftifiques et les idées reçues auxquelles il tord le cou dans
Halte au cannabis!, qu'il vient de publier aux éditions Odile Jacob.
A mettre entre toutes les mains!
Le cannabis est une drogue douce
Faux Si on donne à un consommateur régulier de cannabis du rimonabant, un produit qui annule les effets du THC (tétrahydrocannabinol), on simule un sevrage brutal qui engendre un état proche de celui éprouvé par l'héroïnomane "en manque". Rien de doux dans tout cela...
Il modifie l'humeur
Vrai Notre humeur est gérée par des médiateurs qui maintiennent en permanence l'équilibre entre euphorie et déprime. Le THC se substitue à eux et rompt l'équilibre émotionnel des consommateurs, qui rient de tout ou pleurent de rien. De plus, à trop chambouler les médiateurs, la dépression peut flamber, même chez ceux qui ne présentaient pas encore ce trouble.
Il ne crée pas de dépendance
Faux Le principe actif du cannabis, le tétrahydrocannabinol, va se stocker dans le cerveau qui est très riche en lipides. De là, il se libère doucement, ce qui évite la sensation de manque. Mais à long terme, le consommateur devient de moins en moins sensible à ses effets, d'où un besoin de fumer de plus en plus.
Il intensifie les sensations
Vrai Le THC annihile l'action du gaba, un médiateur cérébral qui participe à la gestion de l'éveil, de la motivation et du cours de la pensée. Avec la prise de cannabis, les perceptions peuvent être exacerbées et troublées au point de faire plonger l'individu dans un état délirant. Hélas! on sait désormais que répéter l'expérience d'un tel état peut créer une schizophrénie, même chez ceux qui n'y étaien pas prédisposés.
Il apaise l'anxiété
Vrai et faux Son action sur l'équilibre émotionnel peut calmer l'anxieux ou le dépressif qui s'estimera donc guéri. Mais plus la consommation est soutenue, plus le THC devient inopérant et les troubles réaparaissent, ancore plus fort qu'auparavant. C'est l'escalade.
Il ne crée pas d'escalade
Faux Stimuler réguliérement le cerveau avec du THC intensifie les effets d'autres drogues, et par là leur pouvoir d'accrochage. Le consommateur de cannabis, s'il essaie l'héroïne, sera littéralement happé par elle. Il n'y a qu'un conseil à lui donner: "Tenez-la à l'écart de votre chemin!"
Il est moins nocif que le tabac
Faux On décèle jusqu'à sept fois plus de goudron dans le cannabis que dans le tabac! Bilan: quand il faut trente ans pour installer un cancer chez les fumeurs de cigarettes, il en faut seulement quinze pour les fumeurs de cannabis.
Il est moins nocif que l'alcool
Faux Au volant, il se montre aussi dangereux que l'alcool. Et comme les fumeurs de joints l'associent fréquemment à l'alcool, le cocktail est explosif sur la route.
Un petit joint de temps en temps ne fait pas de mal
Faux Un joint agit pendant une semaine et plusieurs joints agissent durant des mois! Comme le cannabis affecte les capacités d'apprentissage au-delà de l'ivresse qu'il suscite, un seul pétard le samedi soir nuira à la mémoire toute la semaine suiviante. Le très bon éléve deviendra juste bon; le moyen, médiocre; et le médiocre nul. De plus, 20% de ceux qui l'ont essayé une fois ou deux l'ont adopté. Nul ne peut prédire quelle sera sa réaction, sans compter que les produits aujourd'hui en circulation sont cinq fois plus forts que ceux des années 70.
Il n'y a pas d'overdose
Vrai Mais cela ne signifie nullement qu'il ne peut pas tuer. Des morts subites ont été rapportées chez des fumeurs de cannabis. Et le risque d'infarctus est multiplié par cinq dans l'heure qui suit sa consommation. Par ailleurs, le risque de tentative de suicide est multiplié par trois chez les usagers réguliers. Il tue sur la route et, quelles que soient la quantité et la fréquence des prises, le cannabis peut provoquer des accès de violence tournés contre soi ou contre les autres, aux conséquences parfois dramatiques.
C'est un médicaments
Faux Tout d'abord, ce n'est pas parce que c'est naturel que c'est bon! Dans les faits, le cannabis génère trop de risques, et pour chaque indication, on dispose d'autres molécules bien plus efficaces. En fait, la grande avancée pharmaceutique qu'on doit aux connaissances sur le cannabis, c'est le rimonabant, qui s'oppose à tous ses effets et qui s'avère efficace contre certains troubles métaboliques et dans l'aide au sevrage tabagique.
Camille Dattée
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Marcelli et de Christine Baudry, éd. Albin Michel
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